Club allié au Yacht Club de France 

Le couteau entre les dents...

Une deauvillaise autour du monde

Textes et photographies
@ Dominique Weber

Sir Robin Knox-Johnston a fondé la « Clipper Race » car il souhaitait que chacun puisse  gravir son propre « Everest » en participant à une régate autour du monde comme peu d'hommes - ou de femmes - l'ont fait avant lui.

La première course a eu lieu en 1996. Depuis près de 21 ans, il a permis de relever ce défi à presque 5 000 personnes.

L'édition 2017-2018 permet à 712 hommes et femmes d’équipage dont 17 français de participer à cette course de 40 000 miles nautiques en 7 étapes sur 12 mois.

Membre du Deauville Yacht Club, Dominique Weber participe à la septième étape composée des courses 10 : Seattle, USA à Panama et 11 : Panama à New-York City.

Voici ses messages et ses photos qui témoignent au jour le jour de ses bonheurs et de ses souffrances.

Dominique Weber

La Clipper Race Round
the World en détails :

www.clipperroundtheworld.com

29 avril 2018

Aujourd’hui, on a fini la préparation. J’ai eu le poste de "stockage manager". C’est pas le plus simple. J’aurai préféré vérification du gréement et monter dans le mat mais... il semble que ce soit considéré comme un métier d’homme. Le rangement faisant partie sans doute de notre patrimoine génétique, j’ai gagné le rangement.

Tout est rentré, calé.... en principe !

Le tout sous un vrai temps de Seattle : pluie et froid. Un peu la Normandie !

Briefing des équipages dans l’auditorium Microsoft sur les 2 étapes de la course et... l’éventuelle rencontre avec les baleines !

Ma couchette m’attend... je la partage avec Jérôme. Mon amie Guylaine a été mise sur l’autre bordée. Nous allons donc nous croiser pendant 4 semaines et ne pas partager nos moments de rire et de discussions.

Les anglais ont voulu éviter une coalition de françaises.

Demain : parade dans la baie, petite régate et départ vers l’Océan Pacifique. Nous devrions rencontrer notre première dépression mardi.

Un dernier train de plus de 100 wagons pour me saluer et une dernière nuit dans un vrai lit.

Je suis plutôt moins stressée qu’hier. On verra demain !

Si c’est possible, je vous ferai un petit mail en route. Sinon... rendez-vous dans 4 semaines à Panama.

Cette fois-ci l’aventure commence vraiment. Bises

A suivre…

21 avril 2018

Nous étions là, à 7 h du matin, dans le froid pour les accueillir… Ils ont tourné dans la baie devant nous pendant une heure avant d’avoir le droit d’entrer dans le port. Les douanes n’étaient pas là avant.

Puis ce furent les embrassades et le pique-nique improvisé : les "ribs" avec les "donuts", le vin et la bière !

Ils ont quitté le bord pour les douches et une chambre à l’hôtel, enfin !

Je me suis offert une petite virée sur la grande roue.

Demain commence le travail à bord.

A suivre…

22 avril 2018

Hier, c’était grand nettoyage à bord. Pour l’équipe de "victualling", c’est supermarché. Une dernière vérification des menus et quantités devant un café.

14 caddies et 6 heures plus tard... Nous avons presque tout sauf le frais (légumes et viandes). Nous avons du répondre à des dizaines de questions devant des caissières qui pensaient que c’était une blague de jeu télévisé. Cela fait tout de même 2 500 repas ! Ces 43 jours de mer à 20 personnes.

La soirée s’est finie en fiesta : podium de l’étape. Les anglais n’étaient pas frais ! Ils ont une capacité d’absorption d’alcool hors du commun.

Le coucher de soleil était magnifique.

Aujourd’hui c’est repos pour les autres mais… encore une dure journée pour notre équipe de 4 filles.

A suivre…

23 avril 2018

Grande journée !

Aujourd’hui mes camarades anglaises ont mal aux cheveux ! Elles ont picolé  toute la soirée d’hier et avouent être incapables de reconnaitre le charmant homme avec qui elles ont passé la soirée.

Il fallu bien sur refaire quelques caddies puis ôter tous les emballages et faire les sacs. Un sac par jour qui contient les 3 repas. Comme je  ne serai finalement en charge des repas qu’à New York, nous avons travaillé avec les plans de menus anglais. Je pense que l’on a un quintal de "beans" ! De toutes les tailles et toutes les couleurs. Des traditionnels "baked beans" du petit déjeuner aux "canellonis beans !" En passant par les "black beans", "red beans" etc. un vrai festival ! Concert de vents en perspective...

Puis nous avons fait les sacs  de  snacks. Un festival de sucreries chimiques à ingurgiter toutes les nuits.

On a évité le "corned beef" car on n’en trouve pas aux USA. Thanks God !

11h plus tard cela s’est fini devant une bière.

Et une heure après nous avons commencé à charger à bord du bateau. Demain c’est fruits et légumes plus viande... et nous espérons avoir fini demain soir. Soit 3 jours pour acheter et stocker nos 2  500 repas !

A suivre…

24 avril 2018

Aujourd’hui notre bateau promenait des touristes...

Petit tour à la fromagerie locale et... suite des courses.

Nous avons continué l’approvisionnement. Nous sommes donc maintenant à la tête d'un quintal de "beans" et... 25 kg de viande. Cherchez l’erreur ! Perso je trouve que 25 kg de viande pour 2 500 repas... ça risque de faire juste ! Le problème est que.... nous n’avons qu’une grande glacière électrique comme unité de stockage.

Bref, tout est maintenant rangé à bord. Nous avons fini devant une bière ( pour les anglais) et un bon resto pour manger ce qui sera probablement notre dernier steak avant longtemps.

Ah j’oubliais... personne ne m’avait dit que Seattle c’est comme San Francisco avec le "cable car" en moins. A force d’arpenter la ville on a les mollets en béton.

A suivre…

25 avril 2018

Aujourd’hui journée presque off !

Après avoir vu passer un train de 126 wagons chargés de briques de Lego (donc de containers), petit tour au bateau.

Nous avons un bateau très philosophique, émaillé de pensées profondes accrochées un peu partout.

Encore une très belle journée qui s’est terminée par l’enregistrement des papiers pour l’étape 7.

Ce soir mon amie Guylaine est arrivée la "French dream team" est au complet !

A suivre…

26 avril 2018

Aujourd’hui pendant que certains ont fait la sortie sous spi pour la presse, d’autres sont partis se balader. Pour moi et Guylaine, c’était Bainbridge sous un soleil éclatant.

Le prochain rendez vous est à la brasserie... normal  !

Demain commence l’entraînement sécurité.

A suivre…

27 avril 2018

Aujourd’hui, c’était briefing de sécurité...

Laissez moi vous présenter notre "home, sweet home" pour les 3 prochains mois.

Les sacs arrivent à bord.

Sur le pont, Bob passe ses journées à dormir en attendant que notre skipper le jette en mer, histoire de nous entrainer à le récupérer le plus vite possible.

Notre philosophique équipage nous a préparé quelques sujets de réflexion pour les jours et les nuits à venir.

Dans la cuisine, nous essayons d’éviter les vols à basse altitude d’objets souhaitant regagner la terre au plus vite.

Les couchettes sont occupées soit par du matériel, soit par 2 personnes qui partagent en colocation la même.

Pour les gilets de sauvetage, chacun pour soi !

Le poste avant abrite les voiles et parfois dit-on quelques amours illicites.

Le poste de navigation est le centre névralgique.

Et pour ne pas perdre la tête, tous les taquets sont gentiment étiquetés.

Je vous quitte... le prochain rendez vous bière est annonce !

A suivre…

5 mai 2018


Mer 4

Vie à bord : pas facile tous les jours... Le pire est probablement le manque de sommeil.

Quant à la douche, on n’a pas forcément l’impression d’être propre avec des lingettes tout le temps. Trouvant que parfois l’odeur dominante de la zone de repos est ... l’odeur des pieds et ayant peur de participer à ce fait. J’ai décidé de me laver les pieds avec une demie gourde d’eau douce que j’emporte discrètement aux toilettes prétextant me laver les dents. Ensuite il faut se tenir en équilibre sur un pied au dessus des toilettes par 45 degrés dans une lessiveuse. Je crains de finir avec une fracture ! Je crois que je vais limiter mes ablutions !

On est à fond dans la course et ça se bat beaucoup entre nos 4 bateaux de tête. En croisière, on cherche à éviter les dépressions, ici on les traque pour avoir le plus de vent possible.

La vie s’écoule entre la gestion de la course et les corvées journalières : nettoyer les fonds (avec pour résultats de nombreux bleus), corvée de chiottes (5 fois par jour - on a des brosses à dents pour !), compactage des déchets (on ne jette rien en mer à part les épluchures de légumes - une prochaine odeur pour les jours chauds ?), cuisine (recettes à base de fayots - grâce à la perfide  Albion), passer toutes les lignées à l’anti-bactérien (2 fois par jour), vérifier tout sur le pont. Réparer tout ce qui casse. Y’en a…

Mais nous avons tous les midis un moment de 30 minutes où les deux quarts sont ensemble. Sinon on ne fait que se croiser. C’est notre "Happy Hour".

Pas de conso supplémentaire gratuite. L’alcool est interdit. Donc de l’eau ou du Tang. Si, si, cette boisson des années 70 propre à vous trouer l’estomac existe toujours outre Manche.

Chacun à tour de rôle (un par jour) doit faire un cadeau pour ces petits camarades. Hier nous avons eu droit à un élastique de sport. Il est vrai que lorsque je dois border sur les moulins à café, je regrette de ne pas avoir soulevé plus de fonte à la salle de gym. Parti comme c’est, je devrais revenir avec les pectoraux de Schwarzenegger !

Un autre jour, c’était des chocolats. Top ! Ce midi, une lecture de poèmes. C'est un moment très convivial et sympa.

Et puis... grappiller quelques moments de sommeil pour lire et écrire à la famille et aux amis.

Je vous quitte, il est 16 h et il me reste 3 heures sur mes 6 heures de repos. Je vais essayer de dormir.

P.S. : pas de photos ni de pièces attachées dans vos mails, ils ne passent pas par la liaison satellite.


10 mai 2018


Mer 5

Impossible d’écrire hier. Trop H.S. Je n’avais pas réussi à dormir dans mon premier lot de 2 heures et ensuite, une des filles a fait un cauchemar et crié "homme à la mer".

Ça réveille plus vite que n’importe quoi ! Grosse agitation dans le bateau avant de découvrir en montant sur le pont que seul l’intérieur était sous pression.

Les quarts suivants ont été très durs. On s’est fait passé par Qindao dans la nuit car nous n’avons pas été bons à la barre. Nous sommes maintenant dans le sprint au large du Mexique et le soleil brille. Le vent est avec nous et nous essayons de garder cette veine de vent le plus longtemps possible. Nous ne sommes pas certains d’aller chercher la "scoring gate". J’ai rejoint l’équipe tactique. Les trous sans vent devant nous sont nombreux... pas facile.


Mais revenons à la vie à bord.

La première chose à faire en se levant, c’est d’enfiler les genouillères. A vrai dire, une tenue complète de hockey serait la plus appropriée.  Je ne compte plus mes bleus. Puis il faut sauter dans les vêtements, le ciré de haute mer (si dur à enfiler), les bottes,le gilet de sauvetage et se jeter sur le pont. Prendre son poste : barre, réglage de l’écoute de spi, moulin à café, surveillance du spi à l’avant pour éviter 2 jours de réparation ( la machine remarche !), "spotter", faire la navigation. Changement toutes les 30 mn sauf la barre, réservée à quelques uns ou unes. Le tout pendant 4 h la nuit et 6 h le jour.

Ensuite gérer les manœuvres : 5 empannages et un changement de spi sur notre dernier quart avec le stress des ordres criés dans la nuit dans un anglais pas toujours compréhensible. La peur de passer à l’eau, de faire une fausse manœuvre, déchirer le spi.

Mais aussi la beauté des nuits étoilées depuis 2 nuits, l’ambiance du bord, les parties de rire...

Une belle tranche de vie !


Mer 6

Le soleil est avec nous.

Cette nuit fût dure. On a foiré un empannage et perdu 5 miles sur Dare to Lead. On a donc plié l’ocean Sprint. Il faisait nuit, nous n’avons pas le droit d’allumer nos lampes sur le pont. L’écoute de spi est partie sous le bateau, on avait des claques à 25 nœuds. Puis l’amure s’est ouverte. Cris dans la nuit et 20 mn pour retrouver une position plus sûre.

Les vagues nous déposent des petites seiches sur le pont. Le trimmer s’en est pris une en plein visage cette nuit, on ne sait pas lequel a été le plus surpris !

Le vent baisse : 15 nœuds et nous hésitons toujours sur notre tactique vers la "scoring gate".

L’organisme commence à se faire à nos moments de repos erratiques. La température remonte et les nuits sont moins pénibles, surtout le quart de minuit à 4 heures.

Il est vrai que physiquement, c’est dur... mais le moral reste bon dans les troupes,la mer est belle, une jolie houle d’1,50 m nous accompagne. Les dauphins aussi mais surtout la nuit. On aimerai les voir de jour.

Les jours passent vite, pas le temps de lire. Nous essayons de profiter du moindre moment de sommeil. Pas toujours facile avec le bruit des winches et moulins à café au dessus de nos couchettes. Et puis quelques erreurs de barre nous envoient au tapis et menacent de nous faire tomber hors de nos couchettes malgré les toiles anti-roulis.

J’ai 3 heures pour me laver et dormir... j’y retourne.


Mer 6 bis

Ça y est... on commence à avoir sérieusement chaud dans la journée. Et nous ne sommes qu’au bout de la basse Californie ! Cela ne va pas tarder à être intenable. Et sans douche...

le vent est nettement tombé. Nous avons eu un point au sprint, on vise la "scorring gate" même si Qindao est assez loin devant.

On en profite pour remettre les voiles en état. Dedans il fait chaud et dehors on cuit sous le soleil.

Nos "happy hours" ont repris et animent la vie du bord. Reste le manque de sommeil, même si j’essaie de profiter de chaque moment hors quart.

Après 10 jours de mer, les caractères se dévoilent et la promiscuité les exacerbent.

Nous avons toujours Dare to Lead en visuel derrière nous et nous passons notre temps à régler pour gagner quelques mètres. Le tension est au maximum et se reporte souvent sur le barreur...


Mer 7

Aujourd’hui je suis de cuisine. Je suis debout depuis 4 h du matin. Il est  16 h 30 et je me coucherai vers 22 h 30. J’aurai donc droit à une douche et de dormir jusqu’à 7 h 00.

Cette nuit avec le système des quarts, j’ai dormi 2 h 00.

On fonce autant que possible vers la fameuse "scoring gate". Qindao est toujours devant et même si on le rattrape, ils arriveront avant nous.

Mais nous espérons récupérer 2 points. Ils reste 60 miles. Les changements de spi s’enchaînent de jour comme de nuit. L’équipage est crevé, le skipper aussi.

On change de poste toutes les 30 minutes pour être certains de garder notre concentration au maximum.


Mer 7 bis

Là j’ai 2 h de sieste car nous avons bien géré notre cuisine. Le dîner est presque prêt et le pain est au four.

Finalement, compte tenu de la chaleur écrasante, on est mieux en cuisine dans la lessiveuse que dehors. Le bateau commence à se tremper de sueur... pas toujours agréable. Quant au shampoing, on n’y pense plus et l’avantage avec les cheveux gras et sales, c’est qu’ils  ne s’emmêlent plus! Une nouvelle découverte pour moi... pas sur qu’une fois rentrée, je prolonge l’expérience.

Nous rêvons de "Mojitos" à Panama tout en faisant des salades de boîtes de conserve. Enfin moi surtout car les anglais continuent à cuisiner des ragoûts et du couscous maison. Une recette inédite d’outre Manche : semoule, pois chiches, raisins. Pas de sauce ! J’ai frôlé l’étouffement. Heureusement que l’eau est à volonté !

God save the Queen !

Il faudrait faire venir un ethnologue à bord, il y a des choses à observer...

Bon je vous quitte, il me reste 1 h 30 et je vais essayer de dormir.


A suivre…

11 mai 2018


Mer 8

Aujourd’hui, je suis "média on board" : photos, films, blogs...

Je vais donc rédiger cela ce soir.

La chaleur est écrasante. On dégouline...

Je ne sais que penser de notre futur bronzage : tête de chouette ( visage buriné avec yeux cernés de blanc pour cause de lunettes) et short et genouillères ! On ne va pas passer inaperçu au retour.

Nous sommes à la moitié de notre première course... avons pris 3 points entre la "scoring gate" et le "sprint".

Les manœuvres sont épuisantes sous le soleil et les seiches ne sautent plus sur le pont la nuit.

Hier la nuit était magnifique et je retrouve mes étoiles entre 2 manœuvres. Le pont colle sous le sel. Et tout le monde attend le canal avec impatience.

Nous avons encore été tirer un bord tout seul dont l’issue est un lot.


12 mai 2018


Mer 9

Ça y est. On vient de changer les quarts. On fait maintenant 6 h la nuit et 4 h le jour pour ne pas rester 6 h sous le cagnard. Sauf qu’à l’intérieur, il fait 35 degrés sans un souffle d’air donc impossible de dormir.

Nous avons à nouveau Dare to lead en visuel. Le match race recommence....

À la barre, c’est une attention de tous les instants et nous changeons toutes les 30 minutes.

Nous dégoulinons en permanence... Guylaine s’est lavé les cheveux à l’eau de mer ce soir. J’attends le résultat demain matin pour en faire autant. Je ne me vois pas rester encore 2 semaines au moins sans shampoing.

Je pense que le bateau sentira le fauve à Panama... à part quelques odeurs de pied, on ne se rend compte de rien.

Aujourd’hui, nous n’avions presque pas de vent, c’était terrible dehors et dedans. Mon blog est parti ce matin, posté sur le site.

Quelques poissons volants ont fait leur apparition. Un requin aussi. Les pétrels nous tournent autour et le ciel est toujours aussi beau la nuit.


15 mai 2018


Mer 10

La chaleur est toujours là mais le vent est remonté à 10 nœuds cet après midi. À la barre c’est génial !

Nous voyons des tortues et un petit oiseau se reposé à notre bord depuis 4 h. Comme il est jaune et qu’on lui trouve les yeux brides, nous l’avons appelé Qindao et sommes persuadés que c’est un espion... du bateau qui est devant et que l’on rattrape doucement.

À midi, bien que n’étant pas de cuisine, j’ai fait un gaspacho, je n’en pouvais plus des ragoûts de pois et de lentilles. Comment peuvent ils avaler des trucs pareils avec une telle chaleur !

Les petits déjeuners sont aussi étonnants coté toast : Margarine et beurre de cacahuète, Margarine et Nutella (comme si ce n’était pas assez gras !), Margarine et Marmite. Je déconseille fortement ce dernier ingrédient, à la couleur de pétrole... le goût vaut la couleur, j’ai testé. L’australien lui fait margarine et Vegemite.

Donc l’anglais, quand il ne mange pas l’avoine des chevaux, à tout de même de drôles de goûts.

Guillaume a eu une dent de cassée lors d’une manœuvre à l’avant. On lui a bricolé quelque chose avec la boîte de soin dentaire. Il a maintenant un truc maison fait dans une sorte de résine. Mais je pense qu’il souffre beaucoup.

Je me suis trouvé un endroit en or pour la sieste : à l’avant dans la soute à voiles. Le capot étant ouvert, c’est le seul endroit où il y a un peu d’air. Il paraît qu’ils sont tous venus me prendre en photo, tellement je dormais bien !


Sur ce... j’y retourne !



Mer 12

Pas de news hier... trop crevée. Je n’arrive pas à dormir tellement il fait chaud dans le bateau. Nous sommes trempés, tout colle et le moindre mouvement nous inonde de sueur.

Nous avons perdu bêtement il y a 30 - 35 heures 3 places en faisant toujours la même erreur. On ne marque jamais nos adversaires. Résultat, ils ont viré dans la nuit et nous n’avons pas suivi. Hier, tout le monde faisait la tête à bord...

Nikki a donc décidé de restreindre l’accès à la barre au 3 meilleurs par quart. J’ai donc barré une partie de la nuit dernière et nous rattrapons un peu, notre vitesse étant meilleure que celle des autres. Mais combien arriverons nous à rattraper ?  C’est un peu rageant !

Les trous de vent (à 07 h 00 je barrais avec 0,5 nœud de vent !) épuisent nos nerfs. On espère qu’il en est de même pour nos adversaires.

Nous sommes passés en mode invisible mais… nous naviguons à vue avec les 4 autres... donc pas très intéressant. Nous devons être 4 bateaux à ne pas avoir joué notre Joker. Le plus dangereux pour notre place au podium est PSP qui ne l’a pas joué non plus. 3 courses pour le faire : Panama - New-York, NewYork/Derry Londonderry et Derry-Liverpool. cette dernière étape décrit nous faire faire le tour de l’Irlande et passer le fameux Fastnet.

Aujourd’hui, je suis de "Happy Hour". Je vais leur faire des fruits déguisés et leur offre un petit livre de recettes traduit en anglais. Message un peu trop direct peut être...

Je viens de prendre une douche et un shampoing à l’eau de mer à l’arrière du bateau... super !

A suivre…

17 mai 2018


Mer 13

Sous spi, sous spi... toujours sous spi !

On les change de jour, on les change de nuit…

On empanne 10 à 15 fois par jour mais on vient enfin de comprendre qu’il fallait marquer nos adversaires.

On grignote, on grignote mile après mile. On a passé la première ligne en 3e position. On fonce vers la seconde. Compte tenu du retard des derniers, on pense si ils vont arrêter la course après la 2e ligne, Ça nous irait bien !

On est liquéfié, nos sommes en permanence trempés de sueur, c’est intenable. Le clavier du téléphone a du mal à fonctionner tellement on transpire.

Deux se relaye sur les écrans à la "nav" afin de nous donner en permanence les donnés sur les autres : cap, vitesse, empannage éventuel...

À la barre : un barreur et un "spotter".

Deux au moulin à café, un à l’écoute de spi.

On a relâché notre attention une demie heure cette nuit et perdu 1/2 mile, donc on tient coûte que coûte !

Les trous sans vent nous épuisent nerveusement...

Aujourd’hui les dauphins jouent avec nous, c’est super. Vidéo sur Facebook quand j’arrive à Panama.

On a 5 concurrents à vue. Une chance de gratter Qindao que l’on rattrape depuis 3 jours. Pour le moment, on veut la 2e place du podium.

Histoire de nous occuper, la direction de la course nous a lancé un défi : faire le plus beau gâteau et envoyer la photo.

Je m’y collerai avec Guylaine tout à l’heure. C’est mon quart de sommeil mais je ne peux pas dormir… Trop chaud !

L’eau est à 30 degrés. Dire que certains paient pour rôtir sous les tropiques !

Je rêve d’Islande, de Patagonie...

Il y a 2 ou 3 jours, j’ai fait le blog sur le site. Il est en français et en anglais. Vous pouvez aller le lire.

Le clavier du téléphone écrit n’importe quoi, je vous quitte...


Mer 14

70 miles de la ligne n° 2...

On est crevés. Passés devant Qindao cette nuit mais sur le quart de 02h à 08h, on dormait tous. Même à la barre !

Entre la chaleur et le manque de vent, c’est la guerre des nerfs !

Du coup Qindao nous talonne de très près. Ils sont revenus sur nous au lever du soleil.

Hier soir, les baleines ont accompagné le coucher de soleil. Les poissons volants nous sautent dessus et nous passons parfois devant quelques tortues qui nagent mollement. L’eau serait-elle trop chaude pour elles aussi ?

Les excès de "beans" et de pois chiche ont à nouveau raison de mes intestins. Vivement Panama !


 Mer 15

On était de quart de midi à 4 h, j’étais enduite de crème solaire comme jamais quand on m’a attribué la navigation. Je me suis donc retrouvée dans l’étuve du poste de "nav", gluante à souhait au bout de quelques minutes.

3 h 30 passionnantes à traquer, calculer, donner des indications à la barre. Depuis 48 h, nous faisons une veille permanente derrière les écrans. Qindao est passé en mode furtif mais comme on traque depuis 2 jours, on avait sa cible sur le radar. On n’est pas des bleus !

3 h 30 à calculer, suivre chaque bateau, dire au poste de barre les mètres gagnés, perdus, la vitesse ...

Si on continue comme cela, on devrait passer la ligne n° 2 en première position.

La moins bonne nouvelle, c’est que la course va continuer vers la ligne 3. La direction de la course n’a pas envie de nous payer trop de gasoil pour rejoindre Panama. L’anglois serait il radin ?

Pendant que j’étais à la "nav", le vent a tourné et nous sommes maintenant au près. Bienvenue dans la vie à 45 degrés. Nous avons installé des cordages à l’intérieur pour nous tenir..nous commençons à marcher sur les cloisons.

Première étape : rejoindre ma couchette. Essayer de grimper dedans en marchant sur la cloison opposé. Me jeter dessus et vite attacher la toile anti-roulis. Une mauvaise vague est vite arrivée et on compte de nombreuses fractures à des équipiers jetés de leur couchette. Simon nous a offert pour sa "Happy Hour", un masque à l’aloe Vera. Je vais donc m’accorder une demie-heure de détente totale. Le "selfie" est obligatoire ! Cela nous donne un côté "Scream"  très net ! Pas sûr que je partage avec vous mon "selfie"…


Mer 16

Vivre à 45 degrés a duré... 4 heures.

Ensuite ont commencé les doldrums (pot au noir). Plus de vent. Cette nuit on a même reculé de 4 miles.

Cela fait 24 h qu’on  est à 18 miles de l’arrivée.

Dare to lead a surgit de nulle part et a franchi la ligne.

Nous avons 6 bateaux en vue autour de nous. C’est la guerre des nerfs !

Ils passent devant, on repasse... parfois seul le courant nous pousse et pas toujours dans le bon sens.

On se relaie à la barre, à la "nav" et au réglage des voiles. On essaie de ne pas craquer. On veut la 2e place sur le podium !

Les tortues autour du bateau nagent plus vite que nous... un petit requin vient de passer... tranquille !

On passe notre temps à changer de voile entre le code 1 et le" windseeker". Hisser, affaler, plier, renvoyer... on est trempés de sueur et on colle de partout, On rêve d’une glace à Panama ! Mais dans combien de jours ????

La musique à fond entretien notre moral et ce matin au lever du soleil, nous avons improvisé une danse du vent. Éole ne nous a pas entendus !

Je fais la sieste dans la soute à voiles. Une couchette est maintenant vide et je profite d’un filet d’air. La zone de sommeil dans le bateau est devenue irrespirable.

Au petit déjeuner, la créativité côté toast n’a plus de limites : Beurre de cacahuète et Nutella, Beurre de cacahuète, cheddar et Marmite, Margarine et beurre de cacahuète,  Beurre de cacahuète et confiture de fraise…

On a épuisé les céréales, restent les œufs en poudre !


Fin de course.

Ça y est, après 18 jours de course, on est 2e !!!

On sera donc sur le podium à New-York.

Les 300 derniers mètres ont été les plus stressants. Le vent tombait de plus en plus et nous n’avancions plus.

On s’est tous sauté au cou et embrassés.

Maintenant nous partons en remorque 2 par 2 pour économiser notre fuel vers le Costa Rica pour refaire DU gasoil et ensuite aller à Panama. 5 à 6 jours de moteur nous attendent ! On espère avoir le temps de prendre une douche au Costa Rica...

Je n’aurai donc plus grand chose à vous raconter les prochains jours.

Nous sommes épuisés, pas très propres mais fiers de nous !

A suivre…

22 mai 2018


Au moteur 1

Au moteur à 6 nœuds depuis notre arrivée avec Dare to Lead en remorque.

900 miles pour le Costa Rica pour une escale de quelques heures afin de refaire du gasoil, puis direction Panama et… une douche !

Donc 5 à 6 jours de moteur.

On commence à désosser le bateau pour tout nettoyer et remettre en état. Toujours cela de moins à faire à Panama. Le mari de Guylaine nous a trouvé une chambre à Panama, histoire de souffler, faire les lessives... et en profiter un peu. Glaces, cocktails et bières sont au programme !

A 16 h, nous avons prévu un arrêt et une baignade en mer avec Dare to Lead. Cela va nous rafraîchir... un peu. L’eau est à 30 degrés.

Personne à l’horizon. Quelques dauphins, des tortues, du plancton fluorescent bleu la nuit.  Très peu d’oiseaux. Trop peu ????

Finalement ces 19 jours de course auront passé très vite. A partir de 4 jours, j’ai perdu la notion du temps.

Le plus pénible : le manque de sommeil et maintenant cette chaleur écrasante qui nous empêche de dormir même la nuit.

Une belle expérience humaine : faite de concessions sans cesse pour vivre à 19 dans nos 23 m de bateau. Pas facile de trouver sa place parmi 10 personnes qui sont ensemble sur le bateau depuis 8 mois, trouver sa place de femmes dans ce monde qui reste un monde d’hommes. Partager sa culture, parler, raisonner, rêver en anglais...

Aujourd’hui je suis de cuisine. Debout depuis 2 h du matin puisque le hasard des quarts faisant, j’étais de quart de 2 h à 8 h puis en cuisine jusqu’à 22 h. Une longue journée !

La tension se relâche. On rêve de notre escale. Puis d’une belle place à New-York !


Je rêve aussi... d’une vraie nuit !


 Au moteur 2

Nous continuons notre route au moteur. Encore 700 miles pour le poste d’avitaillement du Costa Rica. C’est-à-dire environ 1 300 km.  A 6 nœuds de moyenne, on n’est pas arrivé !

Aujourd’hui, on vérifie les cordages et on démonte les winches. Dégraissage au gasoil de toutes les pièces ( toujours agréable par 30 degrés...). Regraissage et remontage.

Heureusement on a un taud de pont. Sans lui, on serait grillés.

On perd des litres de transpiration par jour. On a les cheveux collés par le sel et la sueur.

Plaisance = plaisir ?

Seule notre baignade dans le Pacifique une fois par jour nous procure un moment de bonheur. Mais on a aperçu un requin ce matin. Cela a fait baisser notre enthousiasme.

Je suis devenue consultante en cuisine, essayant d’inventer des salades avec les boîtes de "beans" et ce que je trouve à bord comme conserve. Si seulement nous avions des boîtes de thon... certains savent maintenant faire une vinaigrette. Mieux que la traditionnelle mayonnaise par cette chaleur.

Je n’ai pas réussi à dormir les 10 heures auxquelles j’avais droit après ma longue journée de cuisine. Je suis éreintée.

Je viens seulement de réussir à dormir une heure pendant la sieste... Cette nuit, je n’aurai droit qu’à 3 h de sommeil. Je ne comprends pas pourquoi notre skipper veut les 9 personnes du quart sur le pont alors que nous sommes en remorque.

Je suis affectée au moteur. Clairement, on consomme de l’huile et pas de fumée suspecte en sortie. Serait on en train de faire de la mayonnaise à l’intérieur ?

Je ne trouve même pas le courage de lire...

Pour économiser le gasoil, le générateur tourne très peu et ma batterie de secours ne charge plus. Peut être n’aurez vous plus de mail jusqu’à Panama.


Merci pour tous nos mails, ils me remontent le moral quand il baisse !


 Au moteur 3

Il nous reste 3 jours de gasoil.

Ensuite il faudra rejoindre le Costa Rica à la voile... ça déprime un peu car dans 3 jours nous serons encore loin. On voit notre escale à Panama diminuer de jour en jour. Et nous sommes arrivés 2e !

On a réparé tous nos cordages, démonté presque tous nos winches, en cuisant sous le soleil. Heureusement le taud a fait son apparition. Nous faisons maintenant des jeux... mais chacun rêve d’un douche, d’une glace et d’une machine à laver. L’odeur de sueur rance s’ajoute à celle des pieds. Et je ne suis pas certaine que les 6 oignons par repas imposée par la "victualer" contribue à améliorer notre odeur. "Bloody English !"

Nous longeons maintenant le Salvador.

De rares tortues flemmardent à nos côtés.


Au moteur 4

On craque... on n’avance pas et on voit notre escale à Panama se réduire de jour en jour. Le passage du canal est mardi matin à 5 h.

En l’état actuel des choses, on arrive au mieux samedi midi.

Même la baignade d’hier a été de courte durée. Pour ceux que la vue de 2 orques et un requin n’avait pas arrêtés, les méduses ont eu raison d’eux en 3m, invisibles depuis le pont du bateau.

Petites mais efficaces !!!

Alors on se traîne, trempés de transpiration, admirant au passage les tortues qui nous croisent. Certaines transportent un oiseau sur le dos !

Et maintenant : plus de générateur pour économiser le gasoil. Plus de toast le matin et surtout plus de recharge des portables... je garde précieusement mon téléphone chargé mais ne pourrait bientôt plus lire sur mon iPad. L’heure est donc à la méditation prochaine !

A suivre…

Costa Rica

Bonjour à toutes et à tous.

Nous voici au Costa Rica pour 24 h, nous devons refaire du fuel pour gagner Panama qui est encore à 460 miles.

Une première étape usante pour les nerfs mais qui nous vaut la 2e place après 19 jours de course !

Il a fallu gérer le manque de sommeil, la fatigue, le stress des moments sans vent qui nous a valu de reculer de 4 miles une nuit, la promiscuité... et les différences culturelles.

Une bagarre de tous les instants façon "match racing". Les 6 derniers jours avec 5 concurrents en vue en permanence après 2 000 km de course ! 19 jours sous spi avec jusqu’à 6 changements de spi par nuit.

Et puis les longues journées de moteur pour arriver à Panama : plus de 1 200 km sans vent, sous une chaleur écrasante. Des journées utilisées pour tout remettre en état : démonter  les winches, les taquets, réparer toutes les drisses, bref désosser le bateau pour être prêts pour la prochaine étape.

La faune maritime nous a accompagne : dauphins, tortues, orques, requins...

45 mn de détente par jour : notre baignade quotidienne au milieu du Pacifique.

Nous attendons les douanes. Espérons avoir le droit d’aller enfin prendre une douche après ces 4 semaines de mer sans eau douce pour se laver.

Prochaine étape : le passage du canal mardi à 5 h du matin. Et un nouveau départ vers la prochaine course pour New-York.

A suivre…

Panama un

L’escale a été mise à profit pour un peu de visite.

Location de voiture et départ à 3 pour une balade en forêt pluviale.

Grenouilles, papillons, pique-nique avec les colibris. Nous étions 3 touristes !

D’étranges champignons, d’énormes fourmilières, des troncs épineux pour finir sous une pluie tropicale avec orages impressionnants.

Nous avons donc longé le canal ensuite vers les écluses.

A suivre…

Canal d'Onama

Demain, c’est l’avitaillement et samedi, départ à 5 h du matin pour passer le canal ! Alors je suis allée passer 2 h aux écluses de Miraflores pour voir...


Impressionnant !


Les bateaux sont alignés par de puissants pousseurs puis pris en charge par d’étranges locomotives construites exprès et capables chacune de tirer 50 tonnes. Les bateaux passent au millimètre.

Une fois les portes fermées, il faut 10 mn pour déverser des millions de litres dans le 2e bassin. On est monté ou descendu de 5 m. On recommence dans le 2e bassin et on fait encore 5 m. Miraflores permet de franchir 10 m de hauteur d’eau. Sur la totalité le canal fait franchir 22 m de différence de hauteur d’eau entre Pacifique et Atlantique. Le rêve de Monsieur de Lesseps a couté la vie à plusieurs milliers de personnes et les américains ont fini et exploité le canal que nous n’arrivions pas à construire...

Dans 2 jours nous serons devant ou derrière un pétrolier pour faire les 80 km...

A suivre…

Panama Deux

Une vieille ville, des chapeaux, un envers du décor, des gratte ciel, un marché aux poissons et... notre fine équipe !


Prête à en découdre pour la prochaine régate...

A suivre…

Direction New-York 


message 1

Nous y sommes ! Enfin le canal. Debout à 4h car nous devons nous trouver à l’attente du pilote à 5h.

Il arrivera à 7h. Nous suivons pétroliers et porte conteneurs. Impressionnant. La première écluse Miraflores est la plus longue. Les porte conteneurs nous quittent.

Ils sont trop grands pour l’ancienne écluse. Nous attendons 3h dans la nôtre que 2 pousseurs arrivent pour sasser avec nous. Un crocodile nage nonchalamment dans le sas, il doit vouloir passer de l’autre côté. Nous en verrons un certain nombre !


Le bassin d’à côté sasse un petit pétrolier.

Deuxième écluse et notre pilote nous met sur un coffre pour la nuit. Nous devons attendre le pilote suivant. Les orages éclatent, une pluie diluvienne s’abat sur le bateau. On nous prévient par radio que vu la pauvre visibilité un pétrolier a décalé son passage. Le 2e pilote arrive et nous reprenons notre route. Le balisage s’inverse, nous sommes au milieu du canal. C’est un défilé de bateaux dans les 2 sens. 3e et dernière écluse à Gatun. La nuit tombe et nous sommes maintenant en Atlantique. Nuit à la marina où les autres nous attendent.


Beaucoup de bateau en attente de ce côté à Colon.

7h du matin : on largue les amarres. Il y a quelques heures de moteur pour rejoindre la ligne de départ. Nous sortons officiellement du canal et la houle de l’Atlantique nous attend.

17h : départ. Le "Mans start". C’est à dire tout le monde en ligne au moteur, grand voile hissée. L’équipage derrière le premier moulin à  café. A une minute, on coupe le moteur et au signal, tout le monde court hisser le yankee et la trinquette.

Nous sommes au près. La gîte est de 45 degrés. Nous allons marcher sur les cloisons les prochains jours ! Pas facile de dormir mais au moins les nuits sont chaudes.


Je me lève dans 4h. C’est reparti !


 message 2

Départ de panama. Nous reprenons la vue à 45 degrés. Genouillères obligatoires ! On n’a à peine eu le temps d’effacer nos précédents bleus que de nouveaux font leur apparition. On reprend aussi nos reptations sous le chariot d’écoute pour aller à l’arrière du bateau. De magnifiques couchers et levers de soleil nous accompagnent jusqu’à Cuba. On ne verra rien de toutes les îles qui émaillent notre chemin : Cuba, Hispaniola, Turks et Caicos, Bahamas...


Puis la vie reprend un peu d’horizontalité et ce sont les spis qui défilent dans les coursives.

Quoi que l’on fasse, on est trempés de sueur. Le ciel étoilé change de visage. Nous avons perdu la Croix du Sud.

A suivre…

Premier quart de nuit : 2h00 - 8h00

Très occupé. Le vent n’a cessé de monter. Changement de focs, prise de ris... le tout dans le noir à 45 degrés. Même avec les genouillères, c’est pénible !

Puis les deux dernières heures à la barre. Qindao était à 2 miles, ils sont à 500 mètres. Au quart suivant de finir le boulot.

Nous avons changé les équipes pour cette nouvelle course. J’ai gagné au change. Moins d’anglais...


Même avec les orages et le ciel couvert, il fait toujours aussi chaud et nous avons recommencé à vivre trempés de sueur. Nos rêves repartent vers la douche. Nous apprenons à aimer les choses simples. La mer est à 30 degrés.... nous filons vers Cuba à plus de 8 nœuds.

La journée se passe à taper dans les vagues et les bleus commencent à apparaître. Nous ne quittons plus nos genouillères !

Quart de nuit : enfin quelques étoiles ! Le plancton s’illumine à notre passage, c’est superbe. Mais 6h de quart perchée en haut du bateau à taper dans les vagues, c’est l’enfer. Heureusement que je suis à la barre de temps en temps...


Plus une couchette de libre... il y a pas mal de malades.

Nous avons 20/25 nœuds de vent et demain matin je suis de cuisine à 6h pour 24h.


24h ultra pénibles

Suis restée en cuisine de 6h à 22h30. C’est beaucoup plus long de cuisiner à 45 degrés. Nos équipets étant fermés par des élastiques, les objets ont une fâcheuse tendance à voler. Y compris les conserves, ce qui est potentiellement dangereux. Il a donc fallu que l’un d’entre nous se mangent 4 boîtes dans les jambes pour que l’on change le chargement...


Hier soir, j’étais épuisée, plus vraiment le moral, d’autant qu’on se traîne en fin de course. Du coup Nikki notre skipper fait la tête mais ce sont ses choix et elle ne les partage avec personne...

Bref, après cette journée en cuisine, il a fallu trouver une couchette. Nous avons quelques malades et la couchette du cuisinier prend l’eau à la gîte et est inutilisable. Chaque grosse vague envoie 2 litres d’eau sur la tête car les équipets de remplissent...

On a donc déménagé des sacs pour me mettre dans une des couchettes du milieu. Malheureusement l’inclinaison de la couchette est cassé. C’est pour cela qu'on y met des sacs... la première partie de la nuit, j’étais calée mais après le virement de bord, chaque vague menaçait de me jeter en bas (c’est une couchette supérieure). J’ai passé la nuit comme un singe accrochée à une branche....

Maintenant j’ai rejoins enfin ma vraie couchette puisque mon binôme n’est plus malade...


Et je vais profiter des 3h qui me restent pour... dormir !

PS : à priori, je peux vous écrire mais je ne reçois plus rien. Triste !!! Bises.


J’ai super bien dormi... ça va beaucoup mieux !

On essaie de se motiver. On est dernier, loin derrière, pas facile !

Nos petits camarades de quart ont décidé d’enchaîner les virements. A chaque fois, il faut descendre de la couchette, régler l’inclinaison, regrimper dedans et régler la toile antiroulis. Sinon, on est jeté par terre.

Dehors il pleut. Dans 2h30, nous repartirons pour 6h de quart de nuit : 8h00/2h00. C’est pour moi le plus dur. Et je fais partie des barreurs, ce qui m’évite de passer les 6h00 perchée au vent !


Chaque manœuvre est finalement la bienvenue malgré la nuit, les vagues et la peur de tomber à l’eau. Dans la fatigue, on commet des erreurs. Je me suis retrouvée non attachée au bateau, ayant croché les 3 mousquetons sur la ligne de vie. Est comme cela que lors de la dernière course, une jeune fille de 30 ans  s’est noyée ?

Je suis maintenant aussi équipière d’avant. Ça vous donne le droit d’aller vous faire mouiller par les vagues lors des changements de voile d’avant. En équilibre sur le pont, accrochée à un yankee qu’on affale et qui refuse de descendre... ensuite il faut ramper en cramponnant la voile mouillée qui fait 100 kg et revenir vers l’arrière pour la plier. Puis il faut la remettre à l’intérieur. Au près, nous ne pouvons plus sortir les voiles directement par le panneau de pont devant, à cause des vagues qui balaient le pont. Alors on les rentre et sort de la soute en passant par le "galley", puis par la descente. Cela occupe 4 à 5 personnes pendant 15 mn. Ensuite il faut les traîner sur le pont jusqu’à l’avant. La plus légère fait environ 100 kg !


Quand on n’est pas trempés par la sueur, ce sont les paquets de mer ! On est rarement au sec !

Au fur et à mesure les caractères se dessinent. Il y a ceux qui se planquent plus ou moins au moment des manœuvres, ceux qui font semblant de mouliner...

Et puis il y a les autres : on essaie de veiller les uns sur les autres, surtout de nuit. Vérifier que l’autre est accroché, qu’il n’a pas le pied pris dans un cordage, qu’il a compris son rôle dans la manœuvre.

Les filles ont maintenant, à part la planquée (si, nous en avons une !) une jolie collection de bleus sur les jambes et les bras. Ça va pas être facile en maillot de bain au retour !


Belle journée de navigation, j’en ai profité pour faire quelques photos !

Ce matin, on avait 35/30 nœuds, c’était top. Ce soir, on a 5/6 nœuds de vent et on n’avance plus !

On sait seulement que Dare to lead et Liverpool sont derrière. On ne voit plus les autres sur l’AIS. Trop loin !

On n’a pris que des mauvaises options. Le problème est que Nikki ne consulte personne, sauf quand on est face à la catastrophe. Ce qui est la cas. Les poissons volants nous accompagnent et cette nuit un dauphin nous a accompagné en poussant de petits cris.

Ce soir, on a expérimenté les rations lyophilisées. Plutôt bon ! Et on rêve de Mojito en passant devant la Jamaïque.

A suivre…

9 juin 2018

On avance, on avance. Nikki a donc demandé des volontaires pour étudier la tactique entre les îles. Nous avons le choix entre 3 portes puis 2 portes de sortie.

Nous sommes tous d’accord qu’il faut tenter les 2 portes ouest. La "scoring gate" est à l’Est mais compte tenu de notre place, nous n'avons aucune chance, donc partons au plus court... Elle est OK !

Étant trop loin des autres, nous ne les avons pas sur l’AIS et n’avons leur position que toutes les 6 h. Pas de visibilité sur leurs choix...

Sinon, la vie continue à 45 degrés. Pas simple, d’autant qu’il y a un peu de mer donc nous sommes projetés à l’intérieur sans possibilité d’anticiper.


Se coucher par exemple :


• Couchette penchant du bon côté :

Se mettre à genoux (se caler sur les genouillères). Préparer sa couchette. Changer l’inclinaison si nécessaire. Se mettre debout et se caler les fesses contre la barre. Se déshabiller. Se jeter en slip et soutien gorge dans la couchette. Attraper la toile antiroulis. La fixer, sous peine de tomber du lit en cas de virement de bord.

Retirer les genouillères et les mettre près de soi.

Essayer de dormir avec au dessus de la tête le bruit des winches et moulins à café. À côté des oreilles le bruit de l’eau. Le passage des équipiers vers la table à cartes et les discussions sur le pont.


• Couchette du mauvais côté :

Faire son lit en se cramponnant comme on peut. Se faire des bleus contre la barre.

Puis grimper sur le mur opposé, forcément glissant et essayer, à partir d’une position de grand écart au dessus du vide, de se projeter côté couchette. Retirer les genouillères etc.

Le réveil est constitué par le déroulement inverse. Sauf que les difficultés s’inversent. Si votre couchette penche du bon côté pour dormir, elle devient du mauvais côté pour en sortir !


A part cela, je me suis fait assommer hier pendant une manœuvre de changement de yankee.

J’étais au moulin à café sur l’écoute du nouveau yankee. Il venait d’être hissé. L’équipier derrière moi chargé de récupérer le mou sur l’écoute à été déstabilisé sur une vague et est tombé. Il a lâché l’écoute qui m’est partie dans la tempe. J’ai vu quelques étoiles et me suis écroulée dans le cockpit.

Un sac de carottes congelées de notre freezer pendant une heure sur la tête m’a permis de reprendre ma place ensuite !


J’ai eu du bol, il n’y a plus que les carottes et de la viande hachée au freezer. J’aurai moins aimé le kg de viande hachée !

Cette nuit, 27 nœud de vent et le bonheur de barrer aux étoiles. Vous ai-je dis que la rosace du compas étant rouge, impossible pour moi de la voir la nuit avec la lumière rouge...

Le petit déjeuner m’attend, je vous quitte.


PS : j’ai réussi à éliminer le porridge !

A suivre…

10 juin 2018


Et bien voilà, pendant que l’on dormait, ils ont changé de stratégie.

En fait sur le pointage, il semblait que personne n’aillait vers la "scoring gate". On a tenté notre chance et on récupère les 3 points !

D’après nos calculs, cela nous met en retard mais on devrait avoir plus de vent que les premiers sur l’"Océan sprint". Donc on espère récupérer 2 points aussi.

On a maintenant le cap sur New York et on est sous spi. Vive la vie entre 0 et 20 degrés de gîte ! Va-t’on pouvoir abandonner les genouillères ???

On a 15 nœuds de vent, on aimerait bien 10 à 15 nœuds de plus...

Plus que 818 miles quand j’ai lâché la barre à la fin de mon quart. On approche !


Si je savais dessiner, je ferai une BD de notre micro société. On a vraiment des cas !


Des tires au flan (que  font ils là ?), ceux qui donnent des ordres en n’y connaissant rien, celui qui vient doctement à côté de vous vous répéter d’un air entendu ce que vient de dire le skipper, ceux qui veulent prendre le commandement, celle qui dort à longueur de journée y compris à son poste de travail... et les ego démesurés qui n’en finissent pas de grandir. L’un d’entre nous a sa propre attachée de presse qui lui fait des interviews aux escales. On n’est tout de même pas en train de courir la Volvo !!!

Notre quart se prend au jeu de la manœuvre la plus rapide. On en est à 6 mn 30 pour un changement de spi. On vise 6 mn et du coup je suis passée en équipière d’avant sur ces manœuvres là.

Hier soir, c’était soirée crêpes ! Un grand moment. Les anglais en ont eu plein la vue.


Je vous laisse, je vais à la table à cartes et ensuite dormir 2 h.

A suivre…

12 juin 2018


Ça y est, on a démarré l’"Océan sprint".


Nikki a fait passer des tests à la barre car seuls les meilleurs vont barrer pour ces 180 miles de sprint. On refait pour 48h des quarts de 4h avec des rotations de 30 mn de barre.

J’ai gagné le droit de commencer et faire le départ. Le bateau est lourd, épuisant, mais on arrive à surfer à 14 nœuds par moment.

Mon second poste est au réglage du spi : l’écoute à la main et au bout 330 m2 de voile ! Pas de tout repos non plus.

Et s’il me prenait l’envie de m’ennuyer, il a toujours une place de libre au moulin à café !

Donc pendant 2 jours, vous n’aurez plus de mes nouvelles car il faut que je dorme quand c’est possible.

Il faut toujours aussi chaud à l’intérieur, on dégouline mais on est presque à plat. Moins épuisant que lorsqu’on est à 45 degrés !

On est un peu au bord du psycho drame car beaucoup se prennent pour des caïds et Nikki a tranché sur les barreurs et les régleurs. C’est sans appel et certains vont devoir dégonfler des chevilles... plutôt "fun" !

Notre seule tactique maintenant : aller tout droit le plus vite possible !

Contrairement aux prévisions, le vent n’a pas molli devant, donc il faut être les meilleurs à la barre et au réglage.

Je vais me reposer, il me reste 2h.


A dans 2 jours !


13 juin 2018


On a fini l’"Océan sprint" et... on n’a rien eu !


23h30 : mon quart de réveille pour monter sur le pont. Nous marchons à plus de 13 nœuds depuis le début. À la barre, c’est une tension de tous les instants. On y croit !

Puis un claquement énorme suivi de l’arrêt du bateau. Nous sommes passés sous un squale (nuage noir qui donne 40 nœuds de vent) que nous n’avons pas vu. Code 2 et bateau au tapis. 20 minutes d’efforts de tout l’équipage pour rétablir la situation, mais pendant ces 20 minutes, nous avons marché à 2 nœuds. C’est fini, nous venons de perdre l’"Océan sprint !

Il faut malgré tout finir la course en gardant Dare to Lead et Liverpool derrière nous.

Le vent s’écroule en fin de nuit. On se traîne...

Les orages nous entourent et nous n’avançons pas. Tellement peu qu’a 5h du matin, je décide de faire 2 pithiviers ! Nous espérons être à New York dans 2/3 jours.

Les tensions à bord remontent... je n’en peux plus d’avoir les cheveux gras, de ne jamais être au sec, mouillée de sueur et d’eau salée. Nous commençons tous à avoir des boutons. Dehors on cuit au soleil, dedans on ruisselle ! Certains arrivent sur les quarts avec le regard hagard. D’autres ont le visage fermé. Je vais parfois m’isoler 10/15 minutes dans une voile d’avant, histoire de prendre l’air et de chanter. C’est très mal vu par les anglais. J’essaie de faire quelques photos. Pas le courage d’écrire un blog en anglais pour le site de Clipper.


J’ai hâte d’être à New York !

Et j’espère qu’on arrivera de jour. Passer sous le pont Verazzano, remonter l’Hudson, saluer Miss Liberty...


14 juin 2018


Demain nous serons à New-York !!!


Plus qu’une nuit en mer... tout le monde est très excité par cette arrivée. Du coup, les tensions s’estompent.

J’ai travaillé sur l’avitaillement. Cela devrait s’améliorer mais l’anglaise garde le "victualling". Elle a tout de même perdu un peu de son pouvoir sur le sujet.


On devrait couper la ligne d’arriver dans la nuit, avec... 2 bateaux derrière nous. Pas brillant !

Il faut qu’on soit bon sur la transat. Nous attendent le froid et probablement une grosse mer puisque notre route passera près du Groenland et de l’Islande.

On est sous spi à 10 nœuds. Presque à plat !


Les genouillères n’étaient donc pas de sortie ce matin. Cela fait du bien !

A suivre…

Révisions...

A Panama, j’ai démonté les winches, les mains dans le gasoil. A New York, j’ai réparé les voiles. Plus agréable... mais plus physique ! Il a fallu les sortir du bateau, les monter sous la tente. La plus légère fait 100 kg !


Maintenant, le bateau est prêt à repartir et nous avons 2 jours de quartier libre (Super !)

A suivre…

New-York - Lundi 25 juin 2018...


Ça y est...

Nous avons remis les sacs à bord. Demain c’est le départ du port de New York et mardi midi le départ de la course. Une transat nord. J’en ai rêvé... maintenant c’est un peu d’appréhension. Quelles conditions météo allons nous rencontrer ?

On devrait boucler cela en 2 grosses semaines.

Les quarts ont été attribués. Je suis numéro 11. Mon gilet de sauvetage est révisé et ma combinaison sèche a rejoint mon ciré. Tout est dans les sacs étanches. Demain parade devant  le "Financial District" et la statue de la liberté. Le briefing course a eu lieu. On nous oblige à une route au sud, plus longue car les icebergs sont descendus très bas.


Donc dès demain, pour m’écrire, on repart sur le mail du bord : dominique26@remotemail.co. Pas de pièces jointes, de logo etc.

Merci d’avance pour vos mails qui me font toujours extrêmement plaisir quand je suis en mer.

Et un peu de littérature pour finir :

« Il est difficile aux personnes qui n’ont jamais navigué, de se faire une idée des sentiments qu’on éprouve, lorsque du bord du vaisseau on n’aperçoit de toute part que la face sérieuse de l’abîme. Il y a dans la vie périlleuse du matin une indépendance qui tient de l’absence de la terre, on laisse sur le rivage les passions des hommes ; entre le monde que l’on quitte et celui que l’on cherche, on n’a pour amour et pour patrie que l’élément sur lequel on est porté. »

Les plus littéraires d’entre vous auront reconnu les Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand.

Bises à tous.

A suivre…

Transat 1 - mercredi 27 juin 2018 - 01:47


On est repartis... enfin !

Sortie de New-York hier matin. La nuit à errer 2h vers l’est, 2 h vers l’ouest. Et le départ donné à 15h00 cet après-midi.

Soleil et plutôt petit temps...

Je suis de cuisine depuis 6h30 ce matin et jusqu’à 22/23h.  Donc douche ce soir et nuit complète. Dommage, c’est trop tôt... la prochaine fois, c’est dans 11 jours. On a vu deux baleines au loin, près de Qindao.

Tout le monde est content de repartir vers la maison... on a 6 nouveaux à bord, cela amène un peu de sang neuf !

On est donc... 22 ! Ça se bouscule dans les coursives.

PSP et Unicef ont joué leur joker. Il ne reste que nous et nous le jouerons dans le tour de l’Irlande.

Comme je n’avais pas de rôle dans le départ, j’ai filmé... résultat sur Facebook quand je toucherai terre.

Je repars à mon fourneau...


Transat 2 - mercredi 27 juin 2018 - 13:04


Ça y est, j’ai 14h de break devant moi ! J’ai pris ma douche. Super le bateau est à plat. Pas sûr qu’il en soit de même pour la prochaine dans... 11 jours !

J’ai fait un super taboulé pour ce soir et... tenté un brownie mais avec du faux beurre et des faux œufs... ça a fait un faux gâteau ! Je l’ai baptisé « gâteau pour les dauphins » car je voulais le jeter à la mer. Les anglais ont refusé et le mangent de bon cœur. Ils avalent vraiment n’importe quoi !

Il est 22h, la nuit est calme, nous sommes tous en vue les uns des autres et... je reprends à 12h00 demain. Je ne suis pas dans un quart terrible et toujours séparée de Guylaine.

Le chef de quart se prend pour Tabarly. Il a une attachée de presse et s’imagine courir la Volvo. On en est loin !

Ce n’est pas grave... je vais traverser l’Atlantique et pour moi cela n’a pas de prix !

A suivre…

Transat 3 - vendredi 29 juin 2018 - 02:49


Mauvaise nouvelle : je n’étais pas de quart à midi comme je le pensais mais à 7h00 ! 5 heures de sommeil en moins, c’est dur...

La flotte se disperse... il y a les nordistes, les sudistes et nous entre les deux. Indécis ?

On cherche le Gulf Stream, un peu de courant nous ferait du bien ! Au près avec 25 nœuds de vent. Pas beaucoup d’animation... on cherche à comprendre pourquoi notre vitesse n’est pas terrible. Pour le moment, pas de solution !

Je passe mon temps entre la barre et les écoutes. Je compte me mettre à la table à cartes.

Une baleine est passée près de nous, je ne l’ai pas vue. Étant de naturel timide, elle n’est pas revenue. Ambiance moyenne dans mon quart, meilleure dans l’autre.

Ça y est, j’ai 5h00 devant moi. Nous sommes à 45 degrés avec un ris. Ma couchette est au vent sur ce bord, donc en équilibre sur la paroi en face, j’ai quelques secondes en apesanteur pour sauter dans la mienne, puis me jeter sur le bout qui me permet d’attacher la toile antiroulis. Si je ne vais pas assez vite ? Je m’écrase lamentablement sur le sol environ 1,30 m en dessous.

Le prochaine exercice sera d’en sortir dans quelques heures, au prix d’un grand écart avant de me jeter dans le vide pour essayer d’atterrir sur la couchette du dessous en face. Je devrais essayer de faire un film !

Le lever de soleil était magnifique mais étant à la barre, je n’ai pas pu faire de photo. Les lumières me font regretter mon Nikon !


Je vais dormir...

A suivre…

Transat 4 - vendredi 29 juin 2018 - 13:33


Quand on craint qu’il ne se passe rien... on a tort !


Aujourd’hui, les choses se gâtent. Le vent est monté de 2 crans. On n’est plus à 45 degrés mais plutôt sur la tranche.

On a rejoint le Gulf Stream, autour de nous l’eau est à 26 degrés. Et cela nous donne 2 à 3 nœuds de courant.

Côté animation, nous avons eu un homme à la mer, attaché au bateau par son harnais. Ce qui veut dire une minute pour le récupérer avant de le noyer. Il était numéro un dans un changement de voile d’avant. Le numéro 2 et le 4 l’ont récupéré et hissé à bord. C’était le co-skipper.

Erin, une jeune américaine était en larmes ce soir. La peur... à part les 4 semaines d’entraînement, elle n’a jamais fait de bateau. La mer va se creuser cette nuit. J’espère qu’elle ira mieux demain. Nous avons aussi un certain nombre de malades : 6 ou 7. On est au près, avec 35 nœuds de vent, ça secoue...

Je viens de me coucher. Une partie de mes vêtements est trempée. Je dors donc avec mon t-shirt mouillé en espérant qu’il sèche !


Transat 6 - samedi 30 juin 2018 - 14:24

Après ce quart épuisant, nous nous levons tous hagards. Personne ne parle au petit déjeuner et nous enfilons nos tenues de haute mer sans grande conviction. Mais il fait jour et le vent est tombé. Nous retrouvons nos 45 degrés. Pas de changement de voile épuisant. Les barreurs se relayent et nous sommes concentrés sur les réglages. Nous grappillons deux places.

La dernière heure se passe même allongés au vent sur le pont. Nous regrettons seulement qu’un des barreurs transforme notre paisible solarium en thalassothérapie avec douche d’eau de mer ! Nous lui faisons savoir notre mécontentement.

Quart de 20h-minuit. Après un quart à nouveau mouvementé, les choses se sont calmées, nous permettant de relâcher les ris. Nous avons été balayés par les vagues, trempés et nous connaissons maintenant la joie de nous coucher les cheveux mouillés d’eau salée et le corps trempé de sueur et de sel. Dans 3h je remets mes vêtements mouillés... pas fun ! Je garde mes vêtements secs pour les jours plus froids. Il nous arrive de nous demander pourquoi nous sommes la ! Mais on continue, on a Nasdaq en vue et... on les rattrape.

Erin semble commencer à maîtriser sa peur. Vous ai-je dis qu’elle était en larmes la nuit dernière ? Elle n’avait jamais navigué sur la tranche avec l’eau qui bouillonnait jusque dans le cockpit !

Et nous n’avons pas un gros temps : 20/25 nœuds de vent.

Le plancton a recommencé à illuminer modestement nos nuits. Rien à voir avec le Pacifique. Ici quelques lucioles de temps en temps...


Je vais dormir...

A suivre…

Transat 7 - mardi 3 juillet 2018 - 11:43

Belle nuit étoilée. J’ai passée une heure assise à l’avant entre le spi et la trinquette pour les réglages. Un bon poste : on peut rêver la tête dans les étoiles !

La couronne boréale à ma préférence en ce moment.

Il faisait doux, c’était super.

Ce matin, nous sommes deuxième. On est en pleine discussion stratégique. Scoring gate ou pas ? A quand le « stealth » mode ? (Mode furtif : Ndlr).

Seuls PSP et Qindao sont dangereux pour nous. PSP a intérêt à aller droit sur Derry, (il zone joué son joker : texte à vérifier Ndlr).

Les nouveaux arrivants à bord sont tous très sympas et plutôt bons. Du coup les "circum" doivent en rabattre un peu.


Plus que 3 000 km !!!


Il semblerait que les chaussettes étanches sentent moins mauvais que prévu. En tout cas moins que les chaussettes en bambou (si, si j’ai des chaussettes en bambou, m’étant laissée convaincre par le vieux campeur. Mais le vieux campeur n’est pas un vieux « sailor ».)

On a un temps de demoiselle. On est en t-shirt et en short. A priori on gagne du terrain. Et au soleil sous spi par 15 nœuds de vent, barrer est un plaisir !

Ça y est, ce soir on a gratté Garmin. On leur a fait au revoir de la main et « see you in Derry ».

Pourvu que notre arrogance n’ait pas fâché Neptune... on a encore du chemin à faire !


Transat 8 - jeudi 5 juillet 2018 - 10:58


Quelle journée !


On est premier ! « pourvu que ça dure... » diront certains.

Je suis tellement fatiguée que j’ai de plus en plus froid surtout la nuit. Je ne suis pas la seule. Alors existe le dilemme de la boisson chaude : café et je n’arrive plus à dormir sur mon court temps de repos, thé et je dois filer aux toilettes avant la fin du quart. Les filles qui naviguent comprendront qu’aller aux toilettes quand on a le ciré complet sur le dos exige au moins 30 mn de bataille avec ledit équipement et à 45 degrés, on a pas envie de livrer cette bataille. Alors pas de boisson chaude, donc froide !

En plus on perd une demie heure de sommeil pour cause de décalage horaire. Et oui, un fuseau de plus !

La vie du marin n’est pas un long fleuve tranquille.

Journée grise, pluie parfois (surtout sur l’autre quart).

On est concentrés, on ne lâche rien mais on prend des risques...

Trop puisqu’à 20 h, on a explosé le spi 1. On les voyait pourtant de loin ces gros nuages noirs. Décision trop tardive du skipper, au moment où elle a donné l’ordre d’affaler, j’étais à la proue au réglage et j’ai vu le spi se déchirer sous mes yeux. Prévisions : 30 h de travail dans la soute à voiles et à 45 degrés, avec la machine à coudre par terre qu’il faut coincer avec une jambe et se caler contre la paroi avec l’autre. J’espère qu’on n’en aura pas besoin dans les prochaines 48 h car cela va nous coûter notre place de premier.

On part maintenant à fond de train vers l’« Ocean sprint » qui est dans 400 miles environ.

Et... je vais essayer de dormir les 2 h qui me restent !

A suivre…

Transat 9 - vendredi 6 juillet 2018 - 11:05


Dure journée.


Lever à 6h30 car je suis de cuisine. Au menu : risotto ce midi et pâtes carbonata ce soir. il faut bien écouler les 21 pots de crème UHT apportés de France !

Et au milieu de la journée 4h30 dans la soute à voile avec Guylaine pour réparer le spi. J’avais déjà fait mon quart de nuit dans la soute. Mais au moins cela nous donne l’occasion d’être ensemble...

Au menu : 15 m de déchirure, le point d’écoutes en lambeau. Et pour ceux qui ne m’imaginent pas derrière la machine, couchée par terre, Guylaine a fait une photo...

Il est 22h30, je n’en peux plus. Je viens de prendre ma douche ( 11 jours depuis la dernière). Et je pars dans ma bannette. Comme on a 4 malades, bien qu’étant hors quart cette nuit, j’ai bien peur qu’on m’appelle sur le pont. Et je dois dire que le courage me manque. Nous faisons des pointes à 14 nœuds, ça pulse et nous pourrions presque être bercés, si ce ne sont les cris sur le pont, le bruit des winches, le générateur en route pour faire marcher la machine à coudre. On est à quatre sur la réparation et on se relaie jour et nuit.

Tout le monde est crevé et je me demande toujours pourquoi tout le quart (11 personnes) est obligé de se geler dehors la nuit alors qu’il serait possible d’en mettre la moitié à l’intérieur.

Il est des moments où la tête me tourne : fatigue, manque de nourriture face aux efforts à fournir ?

Mais on est en tête, cela se mérite et les autres sont bien près...

Je ne sais plus quel jour on est, ni même l’heure qu’il est. On me réveille à chaque quart et j’avance comme un automate. La seule chose : ne pas oublier les genouillères ! J'ai les jambes pleines de bleus.

Nous espérons avoir fini de réparer le spi demain après une nouvelle nuit de travail.

Les voiles sont usées, les tissus plus fragiles et déjà on nous annonce une réparation sur le yankee...

La machine n’a pas fini de fonctionner !

A suivre…

Transat 10 - samedi 7 juillet 2018 - 11:11

Le code 1 est réparé. Le pont nous annonce la descente du code 2 sur lequel on vient d’apercevoir 2 petits trous.

Quant à moi, je reste au fond de ma couchette pour ce quart. Mal de gorge et tête qui tourne... je reprendrai du service cette nuit.


Je suis dans ma couchette et je viens d’entendre un bruit d’explosion. Le spi ?


Je sens le bateau partir au surf depuis un moment sans que l’écoute ne soit choquée un peu pour relâcher la pression. Nous sommes toujours trop en limite...

C’est bien le code 2 qui a lâché. Combien d’heures encore derrière la machine à coudre ? Et nous sommes dans l’océan sprint... des points dont on a bien besoin pour assurer notre podium !

Le vent monte... 25/30 nœuds. Nous avons affalé le spi et continuons  sous yankee et trinquette.

Étant toujours malade (angine), j’ai rejoint la couchette attribuée au malade.

Surprise : celle ci n’a pas de matelas. Pour ne pas nous encourager à la paresse ?

Mais cela me fait une nuit de plus au chaud ! Nous marchons à 13 nœuds. L’Irlande se rapproche à vive allure.

A suivre…

Transat 11 - dimanche 8 juillet 2018 - 10:24


Ça y est, on remarche sur la tranche... Tant que ce n’est pas sur la tête, tout va bien !


J’ai repris du service aujourd’hui après 24h d’interruption. Cela m’a fait du bien. On attend les résultats de l’océan sprint mais je ne pense pas que l’on ait récupéré des points. Et on a des problèmes d’internet à bord donc on n’a pas toutes les météos...

On fonce vers Derry. UNICEF à nos trousses ne nous fait pas peur pour le résultat final mais Qindao nous inquiète. Si tout va bien dans 2 jours on arrive !!!

Une transat nord finalement plus tranquille que ce que j’attendais puisque les vents maxi auront été de 25/30 nœuds.

Le tour de l’Irlande sera peut être moins calme.

Nous avons encore récupéré une heure et sommes maintenant à GMT.

Nous nous rapprochons de l’Europe et cela nous laisse une drôle d’impression. Chacun commence à penser à la fin de l’aventure et à ce qu’il va faire de sa vie.

Certains râlent car ils ne barrent pas. La question est : veut on gagner ? Dans ce cas, il faut garder les barreurs expérimentés. On a voté et choisi de gagner si possible.

Un petit trou vient d’apparaître dans le spi 2 qui est en l’air. On espère que cela va tenir. C’est notre meilleure voile avec le windseeker. S’il faut affaler pour réparer, on perd une heure trente...


Croisons les doigts.

A suivre…

Transat 12 - dimanche 8 juillet 2018 - 21:07


11h07 UTC : nous apercevons la côte ! Le vent est faible (10 nœuds). Je suis de quart.

Quel curieux équipage que celui qui va mener Visit Seattle à une première place après cette traversée de l’Atlantique !

Je ne me lasse pas d’observer cette curieuse fourmilière où l’on trouve :


Circum :


Lazy Lizzie ou Lizzi la paresseuse : Même en quart, toujours à trouver un prétexte pour être en bas et dormir dès qu’on a le dos tourné. Dors même à côté de son winch lors des manœuvres... Supposée être notre média à bord. Ne s’est pas cassée la tête pour les photos et les films ! A de plus le poste de voilier pour les réparations. On la surnomme aussi 2 de tension ! UK débutante.

Shannon : Divorcée névrosée en quête de quoi ? "Medic on board" parce qu’elle a fait un stage d’infirmière. Sa réponse à tous problèmes « je n’ai pas besoin de regarder, je sais ce que c’est. Prends de l’Ibuprophène, il y en a dans le galley ! » donc débrouilles toi ! La personne la plus égoïste qu’il m’a été donné de rencontrer. USA débutante.

Phil : Ex militaire sympa en quête d’aventure. De l’humour et de la bonne humeur. Chargé de la réparation des voiles puisque Lizzie ne fait pas grand’chose. UK débutant.

Marek : Sympa. Un grand enfant. A beaucoup appris et va s’acheter un bateau. Passionné de cuisine. Avons fondé à bord le club très restreint de « la cuisine française ». Comprend 4 membres : lui, Guylaine et moi) (Et le 4e ? - Ndlr). USA. Petite expérience de la voile.

Simon : le roi du monde. Persuadé qu’il sait tout et que le bateau lui doit toutes ses victoires. A une dent contre les personnes âgées du bord (c’est à dire les plus de 59 ans). Sera coach à son retour à la vie civile. Le premier québécois à faire une course autour du monde. Se croit sur la Volvo. Donne des interviews aux escales. Canada. Petite expérience de la croisière.

Ian : Media comme Lizzie. Même combat pour ne rien faire mais avec beaucoup plus d’imagination. Grande culture générale. UK débutant.

Jérôme : Un des piliers malgré sa jeunesse. Compétent, attentionné... bon marin. Belge expérimenté


Les autres :


Bill : Égaré dans cette aventure. Gentil mais se demandant pourquoi il a signé. Sa famille lui manque et il a le cafard. USA débutant.

Toni : Surnommée l’adjudant chef. N’y connaît rien mais est persuadée être une bonne barreuse. Ne comprend pas pourquoi elle n’est pas dans la short liste. A la barre, elle conduit le camion, le nez sur le compas et pas un seul regard pour la mer et les voiles... adore le pouvoir. A refusé de me donner le victualling que j’avais pour les legs 7 et 8. A les chevilles plus grosses que la tête. UK débutante.

Paolo : N’a jamais navigué mais... a tout appris sur internet. Donc se croit le meilleur et passe son temps à donner des conseils à tout le monde. Canada débutant.

Erin : Jeune, sympa, dynamique, ne se prend pas la tête... USA débutante.

Kyle : Jeune, sympa et dynamique. N’avait jamais fait de bateau. C’est sa copine qui est sur un autre bateau qui l’a entraîné dans l’aventure. Fera un bon marin. USA. Débutant.

Franck : Un humour caustique que j’adore. Comme moi, il observe les insectes ! Allemand expérimenté.

Barbara : Personne dite âgée. Sympathique. UK débutante.

Jemma : D’origine indienne, Jemma ne comprend pas toujours tout mais est d’une volonté sans faille et prête à faire toutes les corvées. Peut rester 4h au moulin à café sans ronchonner. Pas moi... Débutante.

Steve : Avait signé pour le tour du monde. S’est blessé à la leg 1, revenu pour la 7... Ne fonctionne que par process. Et quand il est perdu, donne des conseils pour masquer ses lacunes. Petite expérience.


La French team :


Anton : Franco hollandais. Super sympa et compétent expérimenté.

Charlotte : Vit à Londres. Sympa et frustrée de l’attitude des anglais. Expérimentée.

Guylaine : sympa. Déjà une transat à son actif. Elle compose avec moi la "French team" de réparation des voiles. Expérimentée.

Moi : Parfois râleuse, prenant un malin plaisir à mettre le souk dans le plan d’avitaillement quasi stupide de Toni.


Un curieux mélange qui se frite parfois, se regarde de travers, se jalouse mais veut la victoire.


Et maintenant.... nous visons la première place sur le podium final ! Ce ne sera pas facile mais ce n’est pas impossible.

Alors : remise en état du bateau et repos à Derry. Puis le tour de l’Irlande et le Fastnet !

La ligne d’arrivée est dans 50 miles...

A suivre…

Derry - Sir Robin Knox-Jonston


Grande journée hier.


Sir Robin est arrivé à Derry sur son voilier. Pour ceux qui ne le connaissent pas voir Wikipedia (Robin Knox-Jonston).

Bien sûr, il a félicité notre équipage pour sa course.

Puis hier soir tout le monde s’est retrouvé au pub pour... voir le match.

Les anglais ont été... anglais !

"We can enjoy football but don’t ask us to support France!"

( on peut aimer le foot mais ne nous demandez pas de supporter la France !)


Si l’Angleterre gagne ce soir, l’ambiance du bord sera pourrie pour la prochaine course !

A suivre…

Dernier round 1 - Dimanche 22 juillet 2018 - 21:16

Il est minuit. Je finis mon quart. Début stressant... on est les uns à côté des autres. Un coup devant, un coup derrière. Pas de vent, peu de vent, pas de vent...

J’ai passé 4h au réglage de la grand voile. Mes doigts ont la forme de l’écoute. 4h avec cette grand voile à bout de bras, c’est dur...

Trop de pression... les 3/4 des gens veulent nous voir passer devant Sanya. Les hélicoptères nous attendent à Liverpool. Les deux femmes skipper sont en tête.

Cela devrait être dur nerveusement et physiquement aussi. On vire, on empanne, on change de spi... cela n’arrête pas.

Nous sommes en course depuis 7h la tension est intense. Les soies s’écroulent avec le vent, on scrute les voisins...

Mark est resté à Derry. Il fait une intoxication alimentaire ! Il nous rejoindra sur le podium.

L’équipe de cuisine voit son travail allégé : nous sommes aux sandwiches le midi et au lyophilisés le soir. Ce soir c’était spaghettis carbonara. Bien meilleurs que certains repas préparés par les anglais !


Pas réussi à dormir. Le vent s’est levé et le bateau tape dans les vagues. Il nous arrive de décoller de la couchette... avec parfois l’appréhension de retomber à côté.

3h45 : nous sommes sur le pont pour un nouveau quart. Il fait froid... le jour va se lever bientôt.

Je suis fatiguée. Je vais passer 4h assise au vent, sans bouger. J’ai de plus en plus froid. Certains sont malades et descendent se coucher. Je rêve d’en faire autant.

Les tensions à bord remontent. Les tourdumondistes prenant les autres pour de parfaits incapables. Sauf que parmi les soit disant incapables, il y en a de bien meilleurs qu’eux.

8h00 : fin du quart. On est en tête mais suivi de ... très près !

A suivre…

Dernier round 2 - lundi 23 juillet 2018 - 22:05

On a repris à 4h du matin. Une erreur stratégique nous a fait passer à la 4e place.


Trop de pression sur Nikki !


On finit notre quart  à 8h et on aura 6h devant nous...

Je n’ai pas dormi et cela joue sur le moral. Je me sens d’une humeur de chien. Mon quart est toujours en tension. J’aurais de loin préféré être dans l’autre ! Mais on ne les a pas changés pour 5 jours de course. Et nous sommes habitués à travailler ensemble.

Pendant les 6h de repos, j’ai pu dormir 3h.  Cela va beaucoup mieux ! Rituel sandwich au déjeuner. Il fait soleil, il y a du vent (10/12 nœuds) et la mer est belle. On voit les côtes de l’Irlande et... les autres concurrents. L’autre quart a fait du bon boulot. On a repris du terrain, on est au vent des autres. « Best position » !

Nikki est parti dormir 2h en me laissant la barre avec des consignes précises. Notre assistant « watch leader » qui n’en fait qu’à sa tête me reprend la barre en disant qu’il n’est pas d’accord avec Nikki et que l’on va faire autrement. Il faut dire que ce jeune homme (30 ans ?) a son attachée de presse, va écrire un livre ensuite, et... il est persuadé qu'il est le meilleur.

2h plus tard : réveil de Nikki qui monte sur le pont décomposée. Pourquoi est-on sous le vent des autres maintenant ? Il lui sert comme d’habitude un tas de salades. J’ai le courage ou le tort de dire la vérité. Nikki explose en larmes. Je reprends la barre. Il se fait plus petit. Nous avons remonté un peu mais c’est très serré. L’autre quart vient de prendre le relais. Il vont poursuivre le travail.

C’est terrible un ego pareil. Nikki m’a dit qu’elle lui avait parlé à plusieurs reprises, que différents membres d’équipage sont venus lui dire qu’ils ne voulaient pas être avec lui... jamais une remise en question de sa part.

Au retour, il va être coach car il en a toutes les compétences, ne cesse t’il de nous dire...


Quant à moi, j’ai décidé de vivre égoïstement ces derniers jours. Je profite des moments où Nikki me donne la barre et je fais la sourde oreille quand il m’envoie sciemment sur les gros winches alors qu’il sait que seule, je n’ai pas la force physique. Je fais des photos.

Nous venons de dîner (poulet à la marocaine). Le lyophilisé n’est pas mauvais mais l’aspect (sorte de bouillie) rend les repas peu agréables.

Ma couchette est à 45 degrés dans le mauvais sens. Ce soir, je dors sur la cloison !

A suivre…

Dernier round 3 - mardi 24 juillet 2018 - 20:18

Nuit de lundi à mardi (minuit -4h) : le plancton met des étoiles d’argent dans la mer, c’est superbe. Mais il faut toujours aussi froid !


Faisons maintenant une étude sociologique de ce cher Visit Seattle.

Comme beaucoup de sociétés, la notre comprend 3 classes.

Parlons donc du traveler où barre d’écoute. Situé dans le cockpit et le séparant en 2 parties, il est une frontière entre deux mondes : la noblesse et le tiers-état.

Si nous parlons superficie, la noblesse représente 1/5 de la surface du cockpit.


Côté noble, nous trouvons donc la barre, les canots de survie et le matériel de sécurité. Ici on trouve les « tourdumondistes » du bord. Très accrochés à leurs privilèges, persuadés que personne n’égale leur savoir.


Côté tiers-état, on trouve les winches et moulins à café. C’est le domaine des bras, des jambes mais en aucun cas de la tête. Essayez de réfléchir quand vous moulinez un winch tout en essayant de garder l’équilibre car vous êtes à 45 degrés !  Votre cœur bat la chamade, vos bras n’en peuvent plus... aucune chance de se servir de sa tête.

Il est très difficile d’accéder à la noblesse de cette façon et c’est une lutte à chaque quart...

ils laissent de temps en temps la plèbe accéder pour quelques instants à la barre, emblème suprême de pouvoir à bord. Dans ce cas et après 30 minutes de tour de manège, on est renvoyé dans ses quartiers, c’est à dire de l’autre côté du traveller.


Le dit traveler est constitué d’une barre en travers du bateau et pour accéder à la noblesse le tiers état doit ramper dessous pour passer de l’autre côté.

Serait ce une forme d’ allégeance ? Non, une question de sécurité.

Quelques rares individus accèdent à la noblesse. Disons 3 ou 4 en tout à bord !


Il reste ensuite une troisième partie sur le pont.

C’est la proue. Ici s’installe une bourgeoisie toute masculine. C’est ici que l’on change les voiles, monte au mât, fait l’acrobate sur le bout dehors. Quelques rares femmes arrivent, après s’être positionnées en pôle position, à courir plus vite que les hommes et à être à l’avant d’un bateau pour une manœuvre. Dans ce cas, on leur dit gentiment de sortir la voile de la soute (100 kg minimum). Ça calme ! Ou alors on les met sous le vent à l’affalage du génois. Accrochées au génois et décollant du pont à chaque vague, on les somme de faire en sorte que cette p... de voile descende sur le pont ! On leur explique ensuite qu’elles feraient bien de laisser la place aux hommes qui sont forts et auraient été beaucoup plus vite. C’est vrai !

Mais pas question pour elles de monter au mât (Elles sont pourtant plus légères et plus souples !)


Par contre, nous sommes envoyées dans le carré, je n’ose dire à fond de cale, pour plier les 330 m2 de spi qui descendent jusqu’à 3 ou 4 fois en 3h !


Bref... une société comme les autres !

Je crois que nous devenons féministes à bord !

Pourtant il y avait plus de femmes que d’hommes à bord quand Visit Seattle a gagné l’étape d’Airlie Beach en Australie. Et elles arrivaient d’Hobart.

A suivre…

Dernier round 4 - jeudi 26 juillet 2018 - 16:53

Mercredi : il fait un temps superbe et... je suis de cuisine. J’ai donc barré à 5h du matin et suis partie en cuisine à 5h45. Je suis avec Paolo, il est gentil mais a 2 de tension, moi je suis plutôt à 18 ! Sa lenteur fait que nous avons marné jusqu’à 16h40, ce qui nous fait 30 minutes de sieste. On devrait avoir fini depuis plus d’une heure...

Ça a été la galère. Au menu : sandwiches aux œufs. On est au près par 25 nœuds, le bateau est à 45 degrés et tape dans les vagues. En 2h30, on a fait 15 sandwiches ! Tout a volé. Les tranches d’avocat sont allées s’écraser sur la cloison d’en face juste entre 2 personnes, les tomates sont parties avec leur saladier vers la descente, et le cardan de la cuisinière est devenu fou.

Au dessus de nos têtes, des virements de bord et des changements de voile.


Un festival !


On grappille peu à peu... c’est une lutte de tous les instants pour que le bateau avance au plus vite. Nikki (baptisée par moi la reine des abeilles) est au bout du rouleau. Interview par téléphone sur le bateau, trop de pression.

Ce soir, on recommence le lyophilisé. Bœuf Strogonoff.

Personne n’en veut. Il faut dire qu’il n’est pas glamour ! Une espèce de soupe grisâtre...

Ouf, une vraie nuit pour moi jusqu’à 7h00 !

Difficile car il sont très bruyants au dessus et en plus ils s’amusent à virer tout le temps... descendre de la couchette, régler à nouveau l’angle, regrimper, accrocher la toile antiroulis. Vous ai-je dit que comme il fallait les 2 mains, je dois m’accrocher à la banette avec les pieds ? L’homme descend du singe, c’est utile !


Jeudi : temps sublime. Soleil, vent (15/20 nœuds).


Barrer est un régal.


On est à côté de Sanya.

On vire la marque des Scilly et on envoie le spi. Ça y est on est à plat !!! Et on a passé Sanya dans la manœuvre. Nikki a 25 ans aujourd’hui. Nous lui promettons de garder Sanya derrière. Nous ne serons pas premier c’est sûr mais nous allons tout faire pour garder la deuxième marche !

Dire que dans 2 jours, tout est fini. C’est étrange... je n’arrive pas à croire que 3 mois se sont écoulés.

Il fait chaud, nous remettons les shorts...

A suivre…

Dernier round fin - lundi 31 juillet 2018 - 08:23


La dernière régate devant Liverpool fut ventée. Nous y avons été... particulièrement mauvais il faut l’avouer !

Mais cela n'a pas occulté notre deuxième place sur le podium. Nous l’avons gravi avec fierté devant des milliers de personnes. Toute la presse britannique parle de nous, de cette course remportée par 2 skippers féminins.


Nos bateaux sont sagement alignés dans le port et j’ai regagné Paris.

Fin

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